Bordure (du quai)
Où l’on rencontre un auteur, Xavier Georgin
Xavier Georgin a écrit Bordure du quai, édité par La Ville, au loin. J’ai lu ce livre. Je l’ai aimé. La quatrième de couverture dit :
Là où les corps hésitent, vacillent et, parfois, basculent…
Des années 1980 à nos jours… À Rome en automne ou à Dieppe face à la mer, dans un théâtre de Berlin-Est, en caserne à Blois, ou à Naples, sous le soleil de juillet…
13 histoires de solitude et de voyage, d’espoirs et de ruptures.
13 histoires. J’ai donc posé 13 questions à Xavier. Il y a répondu.
Mais d’abord, je vous lis un extrait ? Let’s go.
Qu’aimes-tu du mot bordure ?
C’est plutôt l’expression entière qui me touche : « Bordure du Quai », pour ce qu’elle suggère de tension, de danger… « Éloignez-vous de la bordure du quai »… Mais je me souviens qu’au CP la maîtresse nous proposait, quand nous avions fini nos lignes de minuscules et de majuscules, de terminer la page par une ligne dessinée qu’elle appelait « bordure ». On attendait ce moment-là comme une récompense. Pas de consigne, juste les crayons de couleur et l’inspiration du moment pour tracer des arabesques en bas de page. J’aime beaucoup cette version ouverte du mot.
Quel est ton rapport aux départs, aux arrivées ?
Un rapport anxieux aux départs. Je prépare ma valise deux jours avant. Un rapport joyeux aux arrivées, aux premières impressions des villes. Je me rappelle une arrivée à Stockholm par le dernier avion du soir, l’excitation en découvrant la ville plongée dans l’obscurité. Et l’apparition des falaises de Douvres, la première fois où je suis allé en Angleterre. Les arrivées sont des promesses heureuses.
Te souviens-tu de ton arrivée à la bordure du premier livre qui t’a profondément marqué ? Raconte…
Je vivais dans une ville communiste qui avait fait construire une bibliothèque Jeunesse dans un beau bâtiment brutaliste, très années 70. C’était le lieu de tous mes mercredis après-midis (avec la piscine municipale). Je me rappelle les praticables, les coussins géants, les rayons bien fournis. Et sur un de ces rayons, le premier livre emprunté, inoubliable, Les Trois Brigands de Tomi Ungerer.
Connais-tu physiquement les 13 lieux que l’on découvre dans ton livre ? Comment as-tu fait pour les libérer de ta propre charge émotionnelle pour les offrir à tes personnages ?
Oui, j’ai passé du temps dans chacun des lieux évoqués. Impossible autrement d’en parler. J’essaye d’inscrire mes personnages dans des lieux qui leur sont quotidiens, loin de mon expérience à moi, que ce soit à Londres, en Italie ou en Catalogne. Si je suis lié à ces villes, à ces pays, c’est à niveau émotionnel, intime, mais détaché de ce qui forme la vie courante de ceux qui y résident des années et des années. Quand j’écris sur Paris, là où je vis, j’écris des textes différents.
Ton écriture est chirurgicale. As-tu un exemple des passages du premier jet à la version définitive pour comprendre comment tu retravailles le texte ?
Du temps des premiers jets manuscrits (jusqu’en 2020, à peu près) j’aurais pu retrouver des versions premières des textes mais j’ai, depuis, pris l’habitude de travailler directement à l’ordinateur, chaque modification effaçant les versions antérieures. A priori, je dirais que le travail qui avance est généralement une question de réductions, de retranchements successifs.
Ça a été un plaisir de te lire à voix haute pour enregistrer un extrait. L’oralité est-elle une donnée qui fait partie de ton travail d’écrire ?
C’est fondamental ! Je lis à voix haute chaque texte, plusieurs fois, et c’est l’oreille qui guide les modifications (plus que les relectures silencieuses). J’ai récemment pris l’habitude d’utiliser la « voix » de Word en complément. Son phrasé robotique et indifférent offre une bonne mise à distance par rapport au sens.
Tes personnages partagent cette situation d’être au bord de quelque chose. On s’attend au pire pour chacune et chacun. Comment as-tu construit ces 13 limites : était-ce un point de départ ou un point d’arrivée de l’écriture ?
J’ai rarement une idée très précise de là où va nous conduire un texte quand je commence à l’écrire. Pour ce recueil, je me suis concentré sur l’idée d’incertitude prolongée, de flottement. C’est seulement une fois les situations installées et les personnages caractérisés que l’aboutissement de chaque narration s’est imposé. J’ai vraiment débuté l’écriture de chacune de ces nouvelles sans savoir de quel côté allaient plonger (ou chuter) les personnages. Comme souvent dans les textes, arrive un moment où les personnages prennent leur autonomie, où les traits qu’on leur a donnés s’affirment et deviennent un destin.
Écrire, est-ce ton métier ? Si oui, depuis combien de temps ? Si non, que fais-tu ?
Je dirais plutôt une occupation (du temps, de l’esprit) plutôt qu’un métier. J’anime des ateliers d’écriture — une activité qui me permet de gagner de l’argent et une place sociale, et qui nourrit mon écriture.
Animer des ateliers d’écriture, en quoi ça bouge, ça a bougé ton écriture ?
C’est souvent les rencontres avec les participants et les lieux où je travaille qui nourrissent mon écriture. Ça, plus la nécessité de me pencher sur les textes littéraires que je leur propose comme appuis avec un œil plus analytique que je ne le ferais en tant que simple lecteur. Les ateliers se déroulant généralement sur 2 heures, la question de la concision dans l’écriture est devenue plus importante dans mes propres textes.
Dans quel train aimerais-tu monter demain ?
Celui qui part de Vienne vers 8h et arrive à Trieste sur les coups de 17h après avoir traversé les alpes autrichiennes, la Slovénie et longé l’Adriatique. Il paraît que le wagon-restaurant est excellent, qu’on y mange des Wiener Schnitzel en regardant défiler le paysage.
Dans quel train as-tu choisi de ne pas monter ?
Dans celui qui m’aurait conduit à exercer à plein temps un métier que je n’aimais pas tellement et qui me ruinait le dos : bibliothécaire.
Y a-t-il un de tes treize personnages auquel tu serais plus attaché ? Lequel et pourquoi ?
Je repense souvent au jeune homme de la nouvelle « Passions Cruelles », ce garçon mutique et malheureux. Il m’accompagne chaque jour. Peut-être parce que, de tous mes personnages ballotés par les circonstances, c’est celui qui a le moins de prise sur son destin, pour des raisons qui tiennent autant à sa vie intérieure qu’aux exigences du milieu social dans lequel il évolue.
Y a-t-il un des treize lieux auquel tu serais le plus attaché ? Lequel et pourquoi ?
Je vais devoir en choisir 2 ! La Barcelone un peu dangereuse, un peu crade, de 1988 du « Diable intérieur » parce que c’est une ville disparue dans laquelle j’ai d’importants souvenirs adolescents et le Livry-Gargan du « Verger de Bruno » parce que ces banlieues pavillonnaires et ouvrières (où j’anime souvent des ateliers) me touchent beaucoup. Ce sont des endroits loin de chez moi où j’aime marcher et passer du temps dans les cafés, à distance de ma propre vie.
Pour découvrir l’univers de Xavier, rien de mieux que d’aller explorer son site web.
Si ses mots commencent à vous gratter et que vous avez envie de lire son bouquin, avec en plus des mots posés par lui dessus, à la main rien que pour vous, c’est ici que ça se passe.
Vous voulez carrément le rencontrer ? Vous avez raison ! Sous ce lien vous trouverez le replay d’une rencontre organisée par (le génial et tant aimé) François Bon le 8 décembre 2025.
Voilà, c’est tout pour cette semaine. Vous aimez ce format de rencontres ? Vous en voulez encore ? Dites-le moi (pas avec des fleurs — humour à 2 balles sort de ce corps —j’peux pas chuis là depuis trop longtemps, enkysté que j’suis — avec des mots).





Beau témoignage ! j'avais déjà lu le premier livre de Xavier 23 poses manquantes et j'avais aimé son univers. Je vais mettre un mot dans mon blog aussi et je renverrai au tien (selon le principe "abonnez-vous les uns aux autres" auquel j'ajoute avec Boris D "partagez-vous sans limite"
Pour l'adresse à FB, j'espère que ça l'a fait rougir jusqu'aux oreilles.
Merci
https://bsky.app/profile/ugop.bsky.social/post/3meiflephvk2w