Patrimoine
Où il ne sera pas question des journées du patrimoine mais d’une roue de la fortune
Le mot patrimoine, il évoque quoi pour vous, comme ça à chaud ?
Il me fait penser à l’idée de bien commun, à ce qu’on aime ensemble, à ce à quoi nous tenons collectivement, choses matérielles ou immatérielles. Il me fait penser au mot matrimoine qui de plus en plus, tout-dou-ce-ment, trouve une place au programme des festivités septembrales. Je refuse de le laisser m’emmener du côté d’un roman national conçu comme un mur plutôt que comme un pont.
Et puis la semaine passée je suis tombée sur un tout frais rapport de la fondation Jean Jaurès, celui qui aurait dit « les services publics sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas »1.
Ce rapport s’intitule « La roue de la fortune - Constitution et transmission des patrimoines dans la France contemporaine ». Et je l’ai lu. Et j’ai appris des trucs. Et je me suis dit que quitte à apprendre des trucs, autant les partager. Forcément, peu de place pour la poésie… quoique ? J’ai souri au fil de ses 76 pages, en lisant les noms de Balzac, Proust, Gracq ou encore la référence à Jack London.
Cette lettre sera donc le condensé de ce que j’ai souligné dans ce document. Vous allez voir, ça va être parfait pour un prochain repas de famille, une pause café ou déjeuner au boulot ou pour refaire le monde dans le bus quand le jour se lève, lorsque tout est encore possible.
“D’après les chiffres de la Banque de France, le patrimoine des ménages a fortement augmenté en valeur entre fin 2009 et fin 2021 (…). Cette accumulation de richesses ne s’est pourtant pas répartie uniformément au sein de la population, ni d’un point de vue territorial. Ces disparités dessinent les contours d’une nouvelle géographie sociale de la France”
Ce rapport s’articule autour de données chiffrées, d’analyses poussées du classement Challenge 2024 des 500 plus grandes fortunes françaises, mais aussi d’entretiens. Je me concentre plutôt ici sur les données qui seront plus faciles à utiliser que de savoir qu’un notaire en Pays de la Loire a dit un jour que parmi ses “jeunes associés, l’un est fils de chef d’entreprise, l’autre, fils de restaurateur et le troisième, fils d’agriculteur.” Ouais, je crois.
Héritiers et self-made-men
“Sur l’ensemble des 500 noms figurant dans ce palmarès Challenges, la proportion d’héritiers s’établit à 43 %”
“Cette stabilité, ou cette « reproduction », pour parler comme Bourdieu, est encore plus marquée si l’on se concentre sur le top 100, qui est composé à 60 %” d’héritiers.”
Qui sont donc ces 57% de non-héritiers alors ?
“Les pères de plus de 50 % des non-héritiers étaient eux-mêmes dirigeants d’entreprise, cadres ou professions libérales”
“la proportion d’enfants d’enseignants est particulièrement faible dans cette population, alors que les enfants de ce milieu bénéficient souvent d’une assez forte faculté d’ascension sociale. Si le capital culturel transmis par les professeurs permet régulièrement à leur progéniture de s’élever dans la hiérarchie sociale, l’habitus transmis ne semble pas de nature à permettre une carrière entrepreneuriale de haut niveau”
Et ces 500 noms, ce sont les mêmes, depuis toujours ?
“en un peu plus d’un quart de siècle, quasiment les deux tiers de la strate supérieure du capitalisme hexagonal ont été renouvelés.”
Le boom de l’économie numérique, et maintenant en particulier avec l’intelligence artificielle, a donné naissance à une “aristocratie du numérique” qui veut être différente de la bourgeoisie traditionnelle mais en reprend largement les modes d’agir (ceci est un teasing pour plus bas).
De l’industrie à l’immobilier, en passant par le vin et les p’tits ch’vaux
“Si les industriels ont été en bonne partie évincés de la strate supérieure du capitalisme hexagonal, leurs homologues opérant dans l’immobilier et l’hôtellerie y ont fait une entrée en force. Aujourd’hui, 99 des 500 principales fortunes françaises ont tout ou partie de leur richesse constituée d’actifs dans l’immobilier (71) ou dans l’hôtellerie (28), soit davantage que de personnalités ou de familles dont le patrimoine est lié à une activité industrielle (88)”
“on peut parler du retour d’un capitalisme rentier, à l’instar de ce que connut la France au XIXe et au début du XXe siècle”
Les agriculteurs, c’est 1% des actifs en France. Pourtant, parmi nos 500 noms, 10% ont “tout ou partie du patrimoine investi dans la vigne”. Et là le rapport liste des domaines viticoles dont nous ne verrons jamais le moindre dépôt au fond de nos verres. Je passe.
Dans le Calvados, je veux dire le département, les haras ont la côte : 6 grandes fortunes ont posé leur nom sur les box de Tonnerre, Caramel et Jumper. Il paraît même qu’une jument a été renommée « Licorne AI » :
“On note également la présence d’un haras acheté par Stéphane Courbit, entrepreneur ayant fait fortune dans l’audiovisuel dans les années 1990 et 2000. David Layani, fondateur et propriétaire de Onepoint, société d’informatique et de conseil, a également investi dans les chevaux de course. On voit une fois de plus ici à quel point les nouvelles figures du capitalisme hexagonal savent s’intégrer et reprendre une partie des codes et des pratiques des grandes fortunes traditionnelles.”
“Ainsi fonds font fonds”
La roue de la fortune tourne, elle tourne, elle tourne mais où s’arrêtera-t-telle donc ? Sur les cases private equity et asset management, des outils ultra sélects. SPOIL : Le banquier qui nous envoie le récap de nos aggios ne nous les proposera pas.
“Symptôme de la montée en puissance de ce secteur, les montants mobilisés sur une année dans des opérations de private equity sont passés de 12,5 milliards d’euros en 2007 à plus de 21 milliards en 2023.”
Le nombre de fonds a plus que doublé entre 2007 et 2023.
Les gros patrimoines
De qui parle-t-on ?
Riches
“En partant des données de l’Insee sur le patrimoine des foyers français, l’Observatoire [des inégalités] propose ainsi, comme définition d’un ménage riche en matière de patrimoine, le seuil de trois fois le patrimoine médian (177 000 euros), soit 531 000 euros. Ainsi définie, cette catégorie regroupe 16 % de la population française.”
Hauts patrimoines
“si l’on retient le seuil de 716 000 euros, qui correspond à ce que l’Insee appelle les hauts patrimoines, le segment ainsi défini représente 10 % de la population”
Gros et très gros patrimoines
“comme nous traitons ici des gros patrimoines, il nous faut rehausser encore le seuil pour atteindre un patrimoine d’une valeur d’au moins 1 034 000 euros, ce qui représente 5 % de la population française. Et, au sein de ces gros patrimoines, on pourra distinguer les très gros patrimoines (plus de 2 239 000 euros), qui regroupent 1 % des foyers français.”
C’est là que ça devient vraiment intéressant, l’immobilier
Il faut avoir en tête quelques chiffres génériques :
“57 % des Français sont propriétaires de leur résidence principale”
“D’après l’Insee, 13 % des foyers français possèdent ainsi au moins un logement en location”
“3 % des foyers possèdent ainsi au moins cinq logements locatifs.”
La suite va vous étonner (ou pas ? Moi oui en tout cas)…
“Les logements locatifs possédés par ces 3 % des ménages ne représentent pas moins de 50 % de l’ensemble des biens locatifs de France.”
“À Paris, les 3 % de propriétaires d’au moins cinq biens locatifs possèdent 58 % de l’en semble des biens en location”
“À Lyon, ces familles multipossédantes sont par exemple propriétaires de 60 % des logements loués dans les quartiers de la Presqu’île, de la Croix-Rousse ou de Fourvière.”
Les dispositifs fiscaux successifs ont bien aidé cette concentration… En ces temps de quête de milliards pour le prochain budget, quelle trouvaille (!) :
“Une étude de la Cour des comptes indique ainsi que 69 % des investisseurs dans le dispositif Pinel appartenaient aux 10 % des ménages les plus riches. Et les volumes d’investissement ont été importants puisque, entre 2013 et 2024, la Cour des comptes estime, en fourchette basse, que près de 244 000 logements ont été concernés, ce qui a représenté pour l’État un montant de 7,3 milliards d’euros de déductions fiscales.”
Et les résidences secondaires vous demandez-vous ? Bonne question, bravo !
“les résidences secondaires représenteraient environ 10 % de l’en semble du parc immobilier français”
10%, c’est énorme. Ne laissez pas les émotions vous submerger.
“la quasi-totalité des communes littorales situées entre Saint-Jean-de-Luz et Lorient comptent une proportion de résidences secondaires très élevée : 83 % aux Portes-en-Ré, 71 % à Lacanau, 67 % à Saint-Jean de-Monts, 66 % à Quiberon, 64 % à Lège-Cap-Ferret ou bien encore 63 % au Pouliguen.”
Maintenant vous pouvez laisser aller vos émotions. Ces exemples ne sont que quelques uns parmi tant d’autres. Le résultat, ce sont toutes ces personnes qui doivent habiter loin de leur lieu de travail, dans les grandes métropoles, dans les zones touristiques, la montagne n’étant pas en reste.
Ba il ne nous reste plus qu’à aller vivre dans une forêt, loin de tout… Vous n’êtes pas prêtes. Vous n’êtes pas prêts.
“à côté des traditionnels placements immobiliers et financiers, la possession de bois et forêts (recommandée à hauteur de 5 % à 10 % des gros patrimoines) est souvent préconisée”
“ce sont d’abord les gros patrimoines qui se montrent les plus sensibles à cet appel de la forêt”
La mécanique de la roue
La roue de la fortune fonctionne depuis une mécanique bien particulière. Les rouages s’emboîtent les uns dans les autres et plus tu maîtrises de rouages, plus tu peux en ajouter, des petits avec un fort effet levier. C’est magique. Par exemple ?
Cette grande roue à dents là, elle s’appelle l’inflation. En gros, moins y’a d’inflation, plus les patrimoines gonflent.
“L’accroissement des patrimoines de la frange la plus aisée de la population s’explique en premier lieu par le fait que l’immobilier et les actions cotées en Bourse, qui sont les principaux actifs constituant ces patrimoines, se sont nettement plus appréciés que le coût de la vie”
Pause QUIZZ : qui a écrit “l’inflation, c’est l’euthanasie des rentiers ?”2
Un indice ? Il partage un prénom avec le chanteur de mon groupe préféré EVER (et là, trouve mon groupe favori et je serai vraiment très heureuse).
Ici, le mécanisme tout petit est puissant : c’est la flat tax. Tu n’y as pas accès tout de suite, il faut un peu bosser pour la mettre en mouvement.
“En 2018, Emmanuel Macron a instauré la flat tax, ou prélèvement forfaitaire unique. Alors que, historiquement, les plus-values boursières et les dividendes étaient soumis, comme les autres revenus (et notamment les salaires), à l’impôt progressif, ces revenus boursiers sont désormais l’objet d’un prélèvement forfaitaire de 30 %. Cette flat tax peut représenter un avantage substantiel pour les gros patrimoines et les ménages aisés possédant des actions, car, avant 2018, leurs revenus du capital étaient souvent imposés à hauteur de 40 % à 45 %”
Ha ! Ce rouage là tu le connais. C’est l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière, le fier successeur de l’ISF.
“Alors que l’ISF intégrait l’immobilier et les valeurs mobilières (actions pour l’essentiel) dans la définition du patrimoine taxable, l’IFI n’incluait plus que l’immobilier. (…) alors que, en 2017, 360 000 foyers avaient payé l’ISF pour un montant de 4,2 milliards, en 2019, première année d’application de l’IFI, seulement 139 000 foyers l’ont acquittée pour un montant global deux fois moindre (2,1 milliards).”
Au fait, mais qui a donc inventé le concept de crise du logement ??
Capitalisme de la finitude ou fin du capitalisme ?
Les gros patrimoines manient la roue de la fortune avec dextérité et savent jouer de la rareté. Les propriétés à plus de 2000m d’altitude, le pré et son bois où galopent de jeunes chevaux prometteurs, la vue sur les rouleaux atlantiques, la vigne crayeuse et ses fines bulles, l’île de Ré et ses allées ombragées, les noms à particules…
Hein quoi, les particules ?
“Plus de trois siècles après le règne du Roi-Soleil et plus de deux cent trente ans après la Révolution, le phénomène de concentration des particules à Paris est toujours d’actualité. Alors que la noblesse représenterait aujourd’hui environ 100 000 personnes et 3 000 familles, soit 0,2 % de la population française, cette proportion est pratique ment dix fois plus importante à Paris puisqu’elle atteint 1,8 %”
Coïncidence ? Je ne…
“D’après l’analyse patronymique des listes électorales, pas moins de 32 % des nobles vivant à Paris sont marié(e)s à un(e) noble, ce taux d’endogamie étant assez spectaculaire pour un groupe social pesant moins de 2 % de la population parisienne”
Une autre géographie française
Rareté des lieux, des noms, des biens. La roue de la fortune redessine complètement la géographie de la France héxagonale.
“L’implantation de sièges sociaux de grandes entreprises dans une ville n’est pas neutre pour la sociologie de cette dernière. Car elle induit la présence de nombreux cadres dirigeants des entreprises en question dans cette ville, mais aussi l’existence de tout un écosystème gravitant autour de ces sièges sociaux”
J’ai été surprise d’apprendre que l’hyper concentration parisienne était un particularisme français. En Allemagne et en Espagne les sièges de grands groupes nationaux voire internationaux irriguent les territoires. En même temps, le fédéralisme allemand et l’autonomie des régions espagnoles n’y sont pas pour rien. Le rapport ne prend pas d’autres exemples, je reste un peu sur ma faim.
L’ascenseur social ou l’escalier de secours
Je n’avais pas ça en tête : la réussite du plan Chevènement de 1985 — 80% d’une classe d’âge doit obtenir le bac — a créé un embouteillage. On est passé en 40 ans de 30% à près de 90%. Le bac permettait d’entrer dans l’ascenseur. Aujourd’hui, il ouvre sur l’escalier de secours (Ptet je suis dure là. Le rapport ne parle absolument pas d’escalier de secours).
“Un individu a 83 fois plus de chances d’entrer dans l’une des dix plus grandes écoles françaises quand son père a lui-même étudié dans l’une de ces grandes écoles. Cette probabilité est même 296 fois plus forte pour un enfant de polytechnicien d’intégrer cette école et 330 fois plus grande pour un enfant d’énarque d’entrer dans la prestigieuse institution”
“Dans cette nouvelle stratification éducative de la société française, la détention d’un diplôme de l’enseignement supérieur, titre aujourd’hui très largement répandu, n’est plus autant que par le passé un gage d’ascension sociale”
Le rapport plonge ensuite dans les résultats d’entretiens auprès de l’écosystème de l’héritage : notaires, gestionnaires de patrimoine, à Paris et en province, pour déceler les évolutions ressenties par les professionnels du domaine au regard de l’allongement de l’espérance de vie, des stratégies genrées de transmission, etc. J’ai relevé un élément ici : pour éviter les droits de successions, les familles à patrimoine utilisent à plein les avantages des donations.
“Cette « sécurité familiale » modifie en profondeur les stratégies de vie, en même temps qu’elle accroît les inégalités à toutes les étapes de l’existence, entre ceux qui peuvent compter sur des transferts financiers et ceux dont les parents n’ont pas ces capacités. Pour ceux-ci, le handicap n’est pas qu’économique. Dans une société qui valorise l’autonomie et l’accès à la consommation, cette absence peut engendrer un phénomène d’exclusion durable ; et générer, pour reprendre le terme de Pierre Bourdieu, une « violence symbolique », liée à l’impossibilité de s’inscrire dans une lignée protectrice et émancipatrice. Cette violence symbolique peut d’ailleurs se trouver renforcée par la moindre visibilité de cet héritage, dilué aux différentes étapes de la vie, ce qui continue d’alimenter chez ceux qui reçoivent discrètement ces aides familiales le sentiment qu’ils se sont « faits tout seuls »”
La boucle du mythe du self-made-man est bouclée.
Droits de succession, death tax !
En France, tous les sondages l’affirment : pas touche aux droits de succession !
“seulement 15 % des successions dépassent le cap symbolique de 100 000 euros, 62 % portent sur 30 000 euros, 35 % sur moins de 8 000 euros. Dans les faits, près de la moitié des ménages français ne touchent aucun héritage au cours de leur vie et 80 % ne reçoivent aucune donation du vivant de leurs proches. La seconde surestimation est celle du taux d’imposition des successions : parmi ceux qui héritent, il est en moyenne de 5 %, et près de 87 % des successions ne donnent lieu à aucun impôt”
Les auteurs du rapport évoquent ce rapport épidermique, ce “droit sacré” de la succession, comme un vain espoir, une espérance inatteignable, celle d’un jour transmettre à ses enfants au-delà des seuils d’imposition, comme acmé d’une vie de labeur. La réalité dément pourtant farouchement ces vieux rêves.
Zucman
Le rapport se conclue sur l’évocation de la taxe Zucman.
“Le 7 juillet dernier, sept lauréats du Prix Nobel d’économie (Daron Acemoglu, George Akerlof, Abhijit Banerjee, Esther Duflo, Simon Johnson, Paul Krugman et Joseph Stiglitz) ont ainsi cosigné une tribune dans Le Monde. Pour eux, la France a l’occasion de montrer la voie au reste du monde : En 1954, elle a été le premier pays à créer une taxe sur la valeur ajoutée (TVA). En quelques années, tous les pays du monde l’adoptèrent, à l’exception des États-Unis. Imposer la consommation – et exonérer l’épargne – pouvait se justifier au sortir de la Seconde Guerre mondiale, quand les stocks de capital et les inégalités de patrimoine étaient à un niveau historiquement bas. Mais, si la TVA a été l’impôt de l’après guerre, l’impôt sur les ultrariches est celui dont nous avons besoin aujourd’hui, à l’heure de l’envolée des grandes fortunes”
Vous attendez désormais avec impatience la prochaine occasion de nourrir d’arguments chiffrés vos discussions ? Moi aussi !
Sur ce, je vous souhaite une semaine sereine, malgré tout, malgré tout ce qui gratte. À bientôt ? Oui.
Le rapport complet est disponible ici
Je n’ai pas trouvé une source qui confirmerait qu’il s’agit bien d’une citation qui lui revient… j’avoue ne pas avoir enquêté longtemps !
John Maynard Keynes, né le 5 juin 1883 à Cambridge et mort le 21 avril 1946 dans sa ferme de Tilton à Firle, est un économiste, haut fonctionnaire et essayiste britannique. De notoriété mondiale, il est le fondateur de la macroéconomie keynésienne.




