Rencontres
Où il s’agira de rencontres dans une librairie
Dans ma librairie, je rencontre des livres. Souvent, les livres que je rencontre sont ceux que je cherche. C’est bien. Je rencontre peu - fortuitement - de livres. Parfois dans la boîte à livres de mon quartier. Là un titre, un nom peuvent me saisir. Mais ce n’est pas la rencontre, le coup de foudre annoncé par aucun présage. Dans ma librairie, il y a aussi des libraires et — je me connais j’ai toujours peur de déranger —je leur parle rarement.
Il y a peu, j’ai pris mon courage sous un bras, serré, j’y suis allée à une heure de non-affluence, avec sous l’autre une liste de rencontres que j’avais envie de provoquer entre des livres et des personnes que j’aime. Si vous avez un peu de temps à me consacrer j’aimerais que vous me conseilliez des livres c’est comme ça que j’ai commencé. L’heure qu’a ouverte cette phrase était belle. Suivre ses pistes au détour des rayons. Voir son regard creuser à l’intérieur de ses souvenirs les pages que je cherchais. L’entendre murmurer puis appeler sa collègue et admirer leurs pistes se croiser. Je prenais entre mes mains le livre qu’elle venait de cueillir à la canopée, presque comme un petit animal je le sentais, faisais glisser les pages contre mes doigts, je l’ouvrais sur quelques lignes, revenais à la 4ème.Ces livres je les ai offert. Je ne sais pas s’ils seront de belles rencontres. Tous ces livres, ce sont des romans. C’est étonnant car j’en lis peu. J’aimerais en lire plus ou, mieux que plus, des romans qui m’emmènent, dans un monde bien que connu ou envisagé, par la langue, dans une terre comme vierge.
Alors. J’arrive à l’en-jeu de cette lettre.
Vous qui me lisez, vous n’êtes pas libraires (ou si peut-être ? Ce serait drôle et chouette). Vous lisez ce que je ne lis pas, c’est une presque-certitude. J’ai provoqué des rencontres pour d’autres et pourquoi ne pas en provoquer ensemble pour vous et moi ?
Dans ma librairie, à ma libraire j’ai pour chaque personne proposé une quête avec un impératif récurent, la langue. J’avais composé chacune de ces quêtes en pensant fort à la personne aimée, et à la fois, à posteriori : l’évidence, je me retrouve dans chacune d’entre elles. Peut-être vous y retrouverez-vous ? Jouons ensemble…
Une quête, vos propositions
Je voudrais un roman enveloppant, un roman non pas naïf sur l’état du monde mais qui apporte une chaleur lucide, fasse du bien, avec un thé fumant d’hiver
Je voudrais un roman, une épopée, écrit par une femme noire, écrit en français, qui dessine une histoire d’une famille et d’un monde sur le continent africain
Je voudrais un roman féministe, non pas joyeux, mais qui parfois, au fil des pages, fasse sourire, qui laisse place à de l’espoir
Je voudrais un roman sur la belle complexité de la relation mère-fille
Je voudrais un roman qui fasse du rapport aux livres le personnage principal ou presque
Je voudrais un roman qui se situe dans la France rurale de l’après-guerre, les rapports humains, les rapports à la nature, les rapports au monde à reconstruire
J’ai hâte de découvrir vos idées et de les partager ensuite ici.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Puissiez-vous faire de l’année 2026 un espace épanouissant, riche de rencontres qui déplacent les perceptions et reconnaissant la joie comme puissance vitale individuelle et collective. C’est aussi ce que je me souhaite.




Merci à vous toutes, tous pour ces propositions, j’ai tout noté, je les partagerai dans la prochaine lettre ! Je ne sais pas par lequel je vais démarrer mais savoir que ce sont des livres que vous avez tant aimés, je suis déjà happée par le plaisir des découvertes à venir
le mur invisible
de marlen haushofer
que j’offre très souvent