J’aurais aimé écrire une lettre | parfaite | une lettre de rentrée de retour de vacances une lettre comme une prise d’élan vers l’automne | bronze cuivre or feu brun | les photos quelques résolutions et puis non.
VRAC comme | craquement | les os brisés la branche cassée dans la tempête ou sous le pas du promeneur dans la forêt celle qui n’a pas brûlée, celle-là même et le petit bois, le petit bois dans la cheminée le bout de papier la première flamme celle-là même qu’on rêve chamallow pour l’hiver.
VRAC comme | craquement | les digues les haines la chaleur monte depuis l’océan ses profondeurs sans lumière profondeurs épaisses d’histoires, elles, remontent spectres qui dansent tapis sous nos ombres le soleil a disparu lui aussi tandis que l’enfant souffle aux alizés tandis que les corps tombent les missiles les bombes, les peaux brûlées, qu’avons-nous perdu ? Où avons-nous perdu ?
VRAC comme | questions éparpillées | glissement de terrain la pile s’écroule l’ordre est perdu le sens la première la dernière les anciennes prises dans les glaces et l’animal ancien fossile, craquement fossile approche-le de ton oreille, le chant acouphène du monde.
Vrac 1 : à quoi ressemble le non d’une maison d’édition ? Jusqu’à peu je ne savais pas. Ce non avait la forme ou le goût d’un silence, goût d’une absence presque oubliée. Vous savez vous à quoi ça ressemble vraiment ? J’ai désormais deux exemples. Alors je les partage ici. Si vous écrivez, peut-être en avez-vous à partager aussi ?
Le premier-non a été reçu 15 jours après l’envoi du manuscrit.
Chère Rebecca, J'ai découvert avec attention ton projet, et je te remercie et de me l'avoir transmis et de tes mots sur nos agitations clandestines. Nous avons malheureusement un agenda surchargé, qui se conjugue mal avec une redirection de notre ligne éditoriale vers davantage de théorie, pour pouvoir nous engager sur un tel projet littéraire. Nous avons néanmoins aimé découvrir cette traversée de l'espace, dans cette confusion de la langue et de la terre, des signes qui cherchent des issues à la géographie, à ce qui s'y cloisonne. Des signes pour tenter de faire une "graphie" de ce qui s'étend négativement face à nous, dans les silences de l'évidence. Tu évoques le sombre de la narration, mais celui-ci devient souvent une conscience des ruines, celles qui flottent en nous, hors de nous, conscience qui quête l'éclaircie, la lueur quelconque, la conjuration, par cette force du négatif, de ce qui se présente comme une évidence de l'être-là, froid, urbain, bétonné. Je te souhaite bonne chance dans ta démarche éditoriale, et j'espère que tu pourras la réaliser selon tes espérances.
Le second-non (je n’ai envoyé ce texte qu’à trois maisons et j’imagine que la troisième a choisi le non-absence), reçu 9 mois après l’envoi. Des vies sont apparues.
Bonjour, Je vous prie d'excuser le grand retard à vous répondre. Un afflux de manuscrits et de travail ces derniers mois. Je vous remercie de nous avoir fait parvenir ce travail. Votre texte ne manque pas de qualités, le style est fluide, élégant, l'écriture singulière et l'angle original. Cependant je reste un peu à distance au terme de la lecture et je ne saurais comment bien le défendre au sein de mon catalogue. Cela ne remet pas en cause son intérêt et j'espère qu'il a depuis été accueilli par un confrère. Vous souhaitant bonne continuation, Bien cordialement,
Je ne vais pas abandonner ce texte. Mais je sais qu’il lui manque. Combler la distance. Comprendre pourquoi j’aime écrire dans l’abstraction. Pourquoi je ne dis pas « ceci est un chat ». Je ne vois que l’ondulation, l’ombre, le sillage. J’ai du travail. Qu’est-ce que je n’écris pas et pourquoi. Je ne sais pas comment accueillir l’« élégant ». C’est un adjectif que je n’utilise jamais. Lisant le mail je suis restée comme ça, arrêtée, par ce mot. Comme si jamais quiconque n’avait eu l’idée saugrenue de l’associer à mon nom, mon corps, mon existence. C’est drôle. Plutôt bizarre. Déroutant. Alors maintenant oui cet adjectif flotte autour de moi et je ne sais qu’en faire je ne le reconnais ni sur le clavier ni dans le miroir ni à l’intérieur dans mon ventre. Son inconnu. Comme si, à mes côtés il sonnait comme un défaut, une moquerie peut-être. Adjectif étranger.
Vrac 2 : Comment oser être heureuse dans le désastre ? Dès que j’ouvre les yeux sur le monde… Vous aussi non ? Cette colère profonde, cette incompréhension. Les indifférences, les raccourcis, les confusions, l’aveuglement. Et dès que mes paupières m’éloignent du tumulte, je sais je sens la joie qui m’habite et que j’habite. Écartèlement. Craquement. Tenir entre deux mondes. Agir comme on peut là où l’on est. Trouver les ressources, les terres rares, ces îles, les êtres autour, tisser des liens ici, archipels de regards partagés. Au moins ça et tisser, tisser encore.
Vrac 3 : que lire ? Je lis doucement un livre qui m’absorbe beaucoup et m’aspire tout. Je le relis, je corne toutes les pages, je souligne. J’avance et je reviens. Je relis encore. C’est rare. Il s’appelle
« NE ME CROYEZ PAS SI JE VOUS PARLE DE LA GUERRE »
L’autrice est Asma Azaizeh. Chakib Ararou à la traduction de l’arabe (Palestine). Chez les éditions du commun.
Vous lisez quoi en ce moment ?
Vrac 4 : nous avons cruellement besoin de poésie non ? Je lance une chaîne WhatsApp. C’est simple : des vocaux. Courts. Des lectures. Courts extraits. Pour semer un peu de poésie dans nos existences. Des extraits puisés dans mes lectures, tout simplement. Avec la voix du moment, juste au téléphone. Quelque chose de simple et sincère. Des mots, rien que des mots. Premier vocal ces jours-ci.
Et voilà, c’est donc la rentrée.
Comment allez-vous ?
Je vous embrasse,
Rebecca




